mardi 9 décembre 2014

Les dorures du Palais Royal de Bangkok

BANGKOK

En profitant d'une longue escale en avril dernier lors du retour de mon voyage en solo au Laos, j'avais passé 2H dans Bangkok sans trop avoir le temps de faire quoi que ce soit. Hormis prendre le métro et glander dans un mall complètement fou, je suis forcément passée à côté de beaucoup de choses.

J'avais déjà pu me prendre une bouffée de modernité en pleine figure : tout me semblait incroyable, dynamique. Il fallait que j'y retourne !

Chose promise, chose due : j'ai pu m'y rendre une seconde fois il y a 10 jours, entourée d'un bon petit groupe d'amis. Au programme, street food, visites de touristes, massages, bières à foison et Burger King. Quand on vit en Inde, quel bonheur de se sentir un peu plus libre dans les rues, de s'habiller comme on veut, de prendre le métro, de voir plein de filles maquillées et ultra girly, de goûter toutes sortes de nouvelles choses et de retrouver un appétit d'ogre (mmmh le mango sticky rice au lait de coco !)

Pour les futurs voyageurs qui seraient intéressés, nous avons logé à l'hôtel/auberge de jeunesse SUK11. Très bon rapport qualité/prix, grandes chambres pour les groupes et métro à 2 pas. En plus la déco est super sympa !

Parmi toutes mes visites, j'ai vraiment eu un énorme coup de coeur pour le Palais Royal. J'avais tout le temps le nez en l'air pour admirer les toits dorés ou les yeux collés aux murs de mosaïques pour découvrir tous les petits détails. Je poussais des petits cris d'émerveillement et j'ai tenté de capturer tout ce qui m'avait attirée. Je trouve toutes ces dorures et sculptures tellement belles et inspirantes, je ne m'en lasserai jamais ! On aurait envie de s'en faire des bijoux incroyables n'est-ce pas ?

Prêts pour une explosion de couleurs ? C'est parti !

BANGKOK
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mercredi 12 novembre 2014

2 jours à Varanasi

VARANASI
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VARANASI
VARANASI
VARANASI
VARANASI
VARANASI
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VARANASI

Avant de partir en Inde, je ne connaissais absolument rien de ce sous-continent. Je pensais que tout ses habitants étaient hindous, parlaient couramment anglais, je savais que le Taj Mahal était l'une des 7 merveilles du monde, avais appris que le Gange était plus insalubre que jamais et que le Lycée Français de Pondichéry passait les épreuves du bac avant tout le monde (merci les gars, on s'est tapé tous vos sujets au bac blanc !).

Tout ça pour dire que pour moi, mettre enfin les pieds à Varanasi en juillet dernier après 1 an passé en Inde était une sorte d'aboutissement. Passer quelques jours dans l'une des villes les plus sacrées pour les hindous, où la mort est omniprésente (dans l'eau du Gange, dans l'air gorgé de cendres et dans l'esprit qui questionne la Foi : car oui, ici on vient mourir pour accéder au salut, soit la libération suprême)... C'est quelque chose.

Avant d'arriver, le peu de reportages et documentaires que j'avais vus sur l'Inde dressaient le portrait de ruelles sombres, étroites et sales. D'odeurs pestilentielles et d'animaux errants. De rues bondées, étouffées par un bruit assourdissant et une chaleur abominable. Vivre dans le passé, loin des habitudes occidentales, là où la religion puise sa source. Une pauvreté extrême. 
Finalement, ce n'est jamais ce que j'aurai ressenti à Chennai, qui malgré tout ses défauts reste une ville très agréable à vivre. On s'y sent en sécurité, je vis face à la mer dans un quartier résidentiel, de nombreux cafés s'ouvrent petit à petit, la ville se réveille grâce au boom IT. C'est très loin de tout les stéréotypes que j'avais en tête.

Mais une fois le pied posé à Varanasi, accueillis par une mousson dégueulasse, je me suis pris une claque. Tous les clichés sont réunis ! Là voilà, l'Inde que je voyais à la télé. Celle qu'on aime tant dépeindre, disséquer et prendre pour ultime vérité ! Les voilà les ruelles sombres, le regard perdu des familles Européennes venues en touristes, l'air songeur des Sadhus et les corps brûlant sur les marches des Ghat. Et le bruit. Mon dieu, ce bruit ! Des klaxons partout, tout le temps à t'en péter les tympans. On croyait connaître le pire à Chennai, ce n'est rien comparé au bordel du centre ville de Varanasi.

Après le choc, vient le réconfort. Au détour de quelques ruelles, on tombe non sans difficulté (des petits malins avaient pourtant eut le culot d'ouvrir le même restaurant en face de celui où nous devions aller : même devanture, même nom, même logo, même menu photocopié...) sur un rooftop de rêve : celui de la Brown Bread Bakery. Aussi incroyable que cela puisse paraître, notre première soirée à Varanasi a démarré avec des plateaux de fromages d'Auroville et de la Kingfisher bien fraîche. S'en est suivi un dîner de champion à l'étage en-dessous, accompagné d'un concert assez incroyable.

En sortant, repus, on réalise que ce même établissement organise des tours en barque au lever du soleil pour découvrir les rives du Gange. Rendez-vous pris dès le lendemain matin, réveil réglé à 5H. C'est durant ces quelques heures on ne peut plus calmes, à se laisser bercer par le lever du soleil et les histoires de notre guide que j'ai pris la plupart de ces photos. Et vraiment... Qu'est-ce que c'était beau, riche en couleurs et en émotions !

Comment ne pas être bêtement ("occidentalement") horrifiés devant tout ces gens qui se baignent gaiement dans le Gange, boivent son eau (je vous rappelle que les morts gisent au fond) réputée sacrée comme si de rien était ? Comment ne pas être chamboulé devant les corps embaumés d'un linceul blanc, attendant d'être incinérés en plein air ? Et toute cette effervescence, et cette incroyable différence entre la vieille ville (une des plus vieilles au monde !) et la "ville moderne" qui s'étend malgré tout. Que de clichés, je vous avais prévenus ;)

Si je suis pourtant fervente amatrice de l'Inde du Sud et milite gentiment pour sa découverte (oubliez le Rajasthan 5 minutes s'il-vous-plaît, cette région va finir gâchée par le tourisme !), je vous assure que Varanasi, très au Nord, est un passage obligatoire en Inde. Limite, oubliez le Taj Mahal au profit de la ville sacrée, vous ne serez jamais déçus. C'était fou, déroutant, long à digérer mentalement mais incroyablement enrichissant. Merci Varanasi !

lundi 3 novembre 2014

Les 5 WTF - Partie 1

Blog
L'Inde est un pays complètement incroyable où chaque événement peut prendre une tournure complètement rocambolesque en quelques secondes. J'ai l'impression que tout ce qui m'est arrivé de plus fou dans ma courte vie a eu lieu ici.

Alors c'est parti, j'ai listé pour vous les 5 trucs les plus WTF qui me sont arrivés depuis que j'ai atterri le 30 juin 2013 !

1) LE FEU

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Je n'en ai jamais parlé sur les réseaux sociaux ni sur mon blog, mais dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 juin, un feu s'est déclaré au rez-de-chaussée de la maison que j'habitais à l'époque.
Il faut savoir qu'en Inde, en tout cas à Chennai, les coupures de courant sont monnaie courante. C'est quotidien, et on finit par ne plus s'inquiéter de se retrouver plongés dans la pénombre quelques minutes ou quelques heures. C'est plutôt une source d'énervement, on se retrouve à pester contre sa clim éteinte : sans elle et son souffle rafraîchissant, impossible de s'endormir.
Tout ça pour dire que quand les coupures de courant sont devenues une habitude, quand les plombs sautaient en permanence et que les nuits se faisaient de plus en plus étouffantes, ce n'était pas le gros stress à la maison.
Toujours est-il qu'en pleine nuit, je me réveille en sursaut à cause d'une odeur de plastique brûlé. Je pense aux travaux derrière chez moi et ouvre la fenêtre pour vérifier : l'air chaud et humide de Chennai m'a alors semblé ultra sain. Étrange. Je titube, ensommeillée vers ma salle de bain à la recherche d'air frais, mais c'est impossible. Je me recouche, pour me relever dans les 5 minutes : c'est louche, cette odeur qui donne mal à la tête.
J'ouvre la porte de ma chambre, tente tant bien que mal d'allumer la lumière du couloir en touchant les murs à la recherche de l'interrupteur et me prends une grosse claque dans la gueule. De la fumée, noire, opaque, partout, qui monte dangereusement les escaliers depuis le rez-de-chaussée. Je me mets à hurler "Fire ! Fire ! Julie ! Get out ! Fire !" et cours vers la troisième chambre, celle de Madhu qui m'ouvre, les yeux écarquillés de peur.
Julie arrive en courant et on réalise que nous nous sommes tous les 3 réveillés en même temps à cause de l'odeur de brûlé. Je suis en panique complète car je réalise un truc très con : je ne connais pas le putain de numéro des pompiers ! Madhu sera notre sauveur puisqu'il les a appelés avec un sang-froid sans pareil.
On se réfugie sur un balcon, en hurlant "au feu" dans l'espoir que quelqu'un vienne nous sortir de là. Quelques watchmen (les gardiens de nuit des maisons et immeubles) s'approchent, curieux. On nous tend une échelle en bois qui se fend dès que Madhu pose un pied par terre. On ne connaît toujours pas l'origine du feu et je me mets à psychoter sur la bonbonne de gaz de la cuisine.
Les pompiers finissent par arriver... Pieds nus, sans masques, sans équipement... Je crois halluciner, mais non les mecs vont éteindre un feu à mains nues avec une lance datant de l'âge de pierre. Ca commence par bidouiller le compteur électrique du jardin, ça nous demande les clés pour ouvrir la porte d'entrée... On leur hurle dessus depuis notre balcon telles des Juliette désespérées "mais putain sortez-nous de là et arrêtez de toucher à tout, vous allez tout faire péter avec l'appel d'air !". Regards interloqués, mais ils finissent par nous faire descendre de notre perchoir.
 On court dans la rue, pieds nus et en pyjama sans comprendre ce qui nous arrive. 10 minutes après, un pompier revient avec le chat de Julie dans les bras : petite Leela était encore vivante mais terrorisée. Quand à mon petit Ginger, ça faisait déjà 10 jours que le filou s'était fait la malle et que je ne le retrouvais pas. Le jour se lève doucement et après avoir séché nos larmes et ralenti notre rythme cardiaque, on apprend que la source du feu provient de la clim du rez-de-chaussée, surement à cause des dysfonctionnements électriques dont nous étions témoins.
Et si comme toute cette histoire n'était pas déjà assez WTF, sachez que le lendemain le "chef" des pompiers est venu nous réclamer un backshish de 5000 roupies sur notre lieu de travail. Vous voulez encore plus de WTF ? 5 ans plus tôt, (24 juin 2009) ma maison en France brûlait aussi. Même date. Même feu au rez-de-chaussée. Coïncidence ? Je ne crois pas. Énorme WTF mystique ? Oh que oui madame !
Bref dans les 2 cas rassurez-vous : après quelques cauchemars, plusieurs lessives et un déménagement tout revient à la normale. Tout va bien quand ce n'est que matériel et qu'on ne perd personne dans l'histoire. Maintenant, j'en rigole en repensant à toute la troupe qui est venue nous sauver, pieds nus et sans aucun équipement approprié.

2) GINGER


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Ce petit chat, c'est quelque chose. Pendant le deuil, on est certes au fond du trou mais la spiritualité que l'on développe nous invite à lire entre les lignes et à trouver un sens aux choses que la vie peut nous mettre entre les mains. 
Vous avez liké des centaines de fois ses photos sur Instagram et avez bien rigolé sur l'article que je lui avais dédié. Mais mon petit Ginger a disparu, comme Matt. Ça, c'est la version triste.
La version que j'aime me raconter, c'est qu'il est apparu dans ma vie 3 semaines après que Matt ait disparu et qu'il est reparti 3 semaines après qu'on ait retrouvé son corps. Mon petit Ginger, c'était mon bébé : il me suivait partout (même aux toilettes, oui oui) et dormait blotti contre moi chaque nuit.
Un jour il n'est plus revenu. Je l'ai cherché partout et j'ai demandé à mes voisins s'ils l'avaient aperçu dans leur jardin, mais la boule de poils s'était bel et bien volatilisée. Je n'ai pas pleuré et je suis restée calme.
J'aime me dire que Ginger était mon ange gardien et qu'il est parti après m'avoir consolée pendant la douloureuse attente. Et ça, pour moi, c'est un bon WTF mystique encore une fois !
Aujourd'hui, je garde un petit chaton (Anouk) qu'une association (Cattitude) m'a confiée le temps qu'elle trouve une véritable famille d'adoption. J'ai tourné la page, et ce sera un jour au tour d'un nouvel amoureux de se faire adopter !

3) CONDUIRE UN RICKSHAW. BOURRÉE.

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A Chennai, on ne se déplace pas en Tuk Tuk mais en auto-rickshaw. Et les rickshaw, c'est toute une aventure ici. Autant dans certaines grandes villes le compteur est mis d'office et il n'y a pas besoin de batailler pour les prix, autant à Chennai c'est la croix et la bannière pour fixer le prix d'une course. 
C'est une guerre permanente et quotidienne pour que chacun puisse grapiller quelques roupies de plus ou de moins, prétextant les meilleures excuses : "it's raining m'am, extra 50" ou le très odieux "Because I'm white? I'm not a stupid tourist!" (oui, j'ai osé...)
J'ai tendance à haïr la plupart des chauffeurs de rickshaw. C'est en partie ce qui m'avait poussé à acheter une mobylette. Mais parfois, on tombe sur des perles. Ceux qui te font un grand sourire et ne te demandent aucun extra, ceux qui s'intéressent à toi et tentent d'engager la conversation en parlant quelques mots de français, ceux qui conduisent comme Schumacher et transforment un trajet anodin en fou rire... 
Et puis il y a ceux qui veulent t'apprendre à conduire leur rickshaw en rentrant de soirée. Ceux-là te flairent de loin puisque généralement tu pues l'alcool à 10 mètres.
Tu es bien calée sur ta banquette arrière bercée par le bruit des klaxons et de la pétarade des pots d'échappements mais les voilà qui d'un coup s'arrêtent, pliés de rire et te demandent de t'asseoir à côté d'eux. Ils te prennent les mains, les posent sur le guidon et challo, c'est parti pour un cours particulier de conduite ! Accélérer, décélérer, freiner, passer les vitesses... C'est super dur ! Mais si je puis me permettre, c'est en vérité un excellent moyen de draguer ce garçon qui partageait le rickshaw avec moi :3
Et puis il y a aussi Julien tiens. Julien, c'est ce mec qui annonce à son arrivée en Inde "moi je veux m'acheter un rickshaw." Tout le monde a ri et levé les yeux au ciel d'un air de dire "tout le monde le dit, personne le fait", mais Julien s'est tenu à son objectif : il a acheté un rickshaw et l'a fait repeindre en bleu et le conduit comme un grand. Badass. Mais je vais attendre un peu avant de le conduire ;)

4) CONDUIRE POUR DE VRAI. (A JEUN)

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Bon donc j'ai une mobylette. Jusqu'ici tout va bien. Mais conduire en Inde et assister impuissante au chaos qui règne sur les routes de Chennai = énorme WTF. Puissance 10.
J'ai beau être habituée, je n'en reviens toujours pas de ce que je vois. Ce chaos organisé traduit complètement la façon dont fonctionne ce pays.
En gros, lorsque vous arrivez en Inde il faut mettre toutes vos croyances et toutes vos suppositions de côté. Ici, TOUT est différent. Les codes sont différents, la culture est différente, la valeur des choses est différente et les classes sociales sont toujours un mystère pour moi. Sur la route, c'est exactement pareil. Il n'y a pas 2 jolies files séparées (1 pour rouler à allure normale, l'autre pour doubler), il n'y a pas de rétroviseurs pour vérifier ses angles morts et encore moins de priorité à droite. Il n'y a pas de routes réservées aux riverains, de routes interdites aux poids lourds ou aux tracteurs et il y a encore moins de trottoirs réservés aux piétons.
Sur la route, on trouve pèle-mêle des vaches, des chiens errants, des femmes, des hommes, des enfants, des rats, des rickshaws, des motos, des scooters, des vélos, des bus, des camions, des taxis, des camionnettes, des cycle-rickshaws ou bien des chars fleuris à l'effigie d'une divinité hindoue en route vers un temple. La route est ouverte à tous et c'est un joyeux bordel. Si tu respectes le bordel, rien ne t'arrivera. Si tu te mets à flipper et que tu mets en application tes réflexes Européens (penser que mettre son clignotant suffira à faire comprendre aux autres que tu tournes là maintenant tout de sui... BAM!) et bien tu te mets le doigt dans l’œil. 
En France, un accrochage entre 2 véhicules peut donner lieu à une véritable engueulade publique entre les conducteurs, dans le genre pains dans la gueule et autres "connard !" hurlés avant de gribouiller un constat en pestant contre cette débile de femme au volant, comme d'habitude de toute façon c'est toujours les mêmes gnagnagna.
Ici, si l'accrochage n'a tué personne les gens se toisent, un peu surpris, lancent à la limite un regard noir et puis de toute façon on n'a pas le temps pour ces conneries et tout va bien rien de cassé et on repart comme s'il ne s'était rien passé. En revanche s'il y a un mort ou du sang dans l'histoire : FUYEZ. Vous risquez en gros de vous faire lyncher sur la place publique.
Ici, pas de clignotants : on indique en tendant le bras ou en faisant un petit signe de la main qu'on s'apprête à tourner. Ici, pas d'angles morts ou de rétros donc : un bon coup de klaxon à t'en percer les tympans suffira à indiquer que tu passes. La priorité à droite ? Vaste blague ! Ici, si tu veux passer en premier tu dois tout simplement être le premier à faire des appels de phares.
Tout le monde se dirige au son : les klaxons, les musiques de recul (oui, ici les voitures ont une petite musique insupportable qui se met en route lorsque la marche arrière est activée - je vous jure que ce n'est pas une blague et ça me rend ouf) et les bip des clignotants (car oui, si on ne les entendait pas tout le monde s'en fouterait). Les klaxons des bus te font sursauter car on croirait entendre un paquebot. Rien n'est homologué, c'est le bordel mais tout fonctionne à la perfection. C'est assez incroyable. Il y a d'ailleurs un article complètement tordant (en anglais) qui décrit également cette anarchie, à lire ici. Extrait :
"The horn is to be used in the following situations: 
-When you want to pass someone 
-When you are passing someone 
-When you feel that someone is being a jerk 
-When you wish someone would go faster 
-When you are pretty sure that someone is going to pull out in front of you 
-When they do pull out in front of you 
-When someone is not proceeding through a red light properly (see above) 
-A few seconds before a light turns green in order to alert the driver 6 cars ahead of you that he might want to think about getting ready 
-When you plan on going through a red traffic signal 
-When you are going the wrong way on a one way road 
-When someone else is going the wrong way on a one way road 
-When you have not used your horn in a few minutes All other uses should be avoided."

Pour comprendre d'où vient ce chaos, je vous invite à regarder la super explication de Devdutt Pattanaik lors d'une conférence TEDx. Ca m'a sincèrement aidée à mettre des mots sur ce que je voyais et à relativiser tout cela :



5) LA MOUSSON

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Je ne sais pas pourquoi je m'étais mis cette idée dans la tête, mais pour moi la mousson était une pluie continue sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, suivie d'une longue période de sécheresse.
Ce n'est pas tellement le cas : en période de mousson les averses sont fréquentes, courtes mais très violentes et généralement accompagnées de gros orages. Ce pluies torrentielles sont parfois désastreuses (les coulées de boues et autres villages indiens évacués d'urgence font souvent les gros titres des infos en période de mousson) mais nous sommes relativement épargnés par ces catastrophes dans le coin.
Toutefois, en août dernier lorsque nous avons atterri à Chennai après 2 semaines de vacances dans le nord, mon frère et moi avons été accueilli à l'aéroport par le plus gros orage que je n'ai jamais vu de ma vie. L'atterrissage s'était fait sous d'affreuses turbulences mais ce qui nous attendait dehors était pire. Une pluie torrentielle s'était abattue sur Chennai et tout le monde s'envoyait des messages pour se tenir au courant (Moi je suis bloquée sur la route, et vous ? Ah, nous c'est inondé dans l'appart ! Euh nous on n'a plus d'électricité ! Moi mon chauffeur de taxi est en train de chialer parce qu'il a peur !).
Le trajet habituel aéroport-maison prend une petite demi-heure mais ce soir-là, nous avons mis plus d'une heure à rentrer tellement l'eau montait, inondant toutes les rues du quartier. Les branches des arbres jonchaient les allées, cassées par le vent et la foudre qui s'abattait régulièrement sans qu'on ait le temps de compter jusqu'à 3 après avoir été aveuglés par un éclair.
Ici, pas d'égouts ou de système d'évacuation de l'eau. Alors à la moindre averse, tout est inondé et les routes deviennent vite impossibles à traverser, même en voiture. Notre chauffeur de taxi est sorti pieds nus pour évaluer la hauteur des eaux : il est vite retourné à son volant quand il a réalisé qu'il était trempé jusqu'aux genoux.
Nous avons fini par nous frayer un chemin en passant par la plage et une fois au sec chez moi, on s'est regardé comme deux ronds de flan, complètement abasourdis par le trajet qu'on venait de vivre. Cet orage-là a bien alimenté nos conversations le lendemain, je peux vous le dire !

Pour conclure ce pavé (félicitations si vous avez tenu jusqu'à la fin), en fait il n'y a pas une seule journée sans qu'un truc dingue ne m'arrive ici. Et dans le fond, c'est plutôt génial et addictif, même si c'est complètement épuisant. L'Inde, c'est aussi faire son footing au milieu des daims dans un parc. C'est boire un bhang lassi (au cannabis donc) dans le Rajasthan. C'est voir des corps brûler à Varanasi. C'est se faire réveiller par l'appel de la prière de la Mosquée du quartier. C'est sortir de ses gonds, hurler après un chauffeur de rickshaw et se faire encore plus crier dessus en retour. C'est déguster les meilleurs plats en sauce. Goûter des milkshakes à l'avocat. C'est hocher la tête de gauche à droite et non plus de bas en haut. C'est mystique, religieux, riche, pauvre, sale et divin à la fois. C'est se faire regarder d'un sale oeil par son watchman quand on ramène une caisse d'alcool du TASMAC (liquor stores autorisés). C'est toquer à la porte des voisines pour se faire aider à enfiler son sari.

Je vous promets un article bis lorsque mon contrat en Inde sera terminé, car je parie qu'il risque encore de m'arriver des tas d'aventures ;)

mercredi 29 octobre 2014

Toc, toc, toc ?

Blog Blog

Il y a quelqu'un ? Ce blog est devenu ce vieux pote d'enfance à qui tu es censée donner régulièrement des nouvelles, mais ta vie est tellement ailleurs que tu fais l'autruche, tu procrastines et plus le temps passe : plus tu culpabilises... Et moins tu reviens vers lui, par peur des reproches ou du ton faux.

Depuis mon arrivée en Inde, ma vie perso a pris un sacré coup dans la gueule et j'ai effectivement pas mal morflé. Le blog est vraiment passé au second plan, j'avais besoin de temps pour digérer ce que je vivais en Inde et éprouver mon deuil loin de tout ça.
J'ai même abandonné Instagram pendant plus d'un mois, ça ne m'était jamais arrivé !

J'aimerais tant vous réciter un discours positif, vous raconter à quel point "je vois désormais la vie en rose, YOLO !". Mais non, la mort c'est moche et le deuil c'est difficile. En revanche, la vie est belle, oui. Pas plus belle. Pas moins belle. Complètement différente surtout.
En bonne fan de Harry Potter, j'ai l'impression de faire partie de ces personnes capables de voir les Sombrals. On s'en remet de tout ça, bien sûr, et c'est pour ça que je voulais écrire sur ce sujet car je ne suis pas seule et je suis persuadée que certain-e-s d'entre vous seront intéressés par ce témoignage.

Je ne suis pas allée voir de psy car je n'en avais pas la force.
L'envie était immense, mais l'idée de me lever le matin pour faire autre chose que de me traîner au bureau et mimer une vie sociale me fatiguait déjà d'avance. Je me suis donc enfermée dans un mutisme morbide puis quasiment spirituel. C'est à dire que j'étais tellement stupéfaite de la douleur que je ressentais que je pouvais rester des heures entières allongée sur mon lit en fixant le plafond, transie par la souffrance.
Moi qui n'avait connu que la douleur physique dans ma vie, la douleur psychique était incroyable et fascinante. Comment était-ce possible d'avoir aussi mal sans que cela se voit ? Pour moi être malade, c'était visible, c'était avoir le nez qui coule, sentir des ganglions dans la gorge ou avoir le pied plâtré. Je me demandais si c'était les anti-dépresseurs qui plâtraient l'âme souffrante ?
Je me perdais dans des divagations complètement dingues et ma souffrance me faisait peur car je n'arrivais pas à la dompter. Les crises de larmes se succédaient au silence et à la paranoïa. Car pendant le deuil on ne rêve que d'une chose : que tout le monde nous foute la paix, mais que tout le monde nous entoure de ses bras réconfortants.

Perdre l'être aimé, c'est aussi devoir se défaire petit à petit du sentiment amoureux. La rupture amoureuse se mêle au deuil et vice versa, on ne sait plus trop où on en est mais une chose est sûre : il est très étrange d'être amoureuse d'un mort. C'est de cet état morbide, à écouter en boucle des messages vocaux restés en mémoire sur Whatsapp, que je suis passée à la seconde étape : l'état spirituel.

Là où la souffrance fait place à la réflexion. Tiens, alors c'est ça l'Amour inconditionnel ? La Foi, les croyants ? Aimer quelqu'un qui n'existe pas ou plus, une entité, Aimer l'Amour ou un concept, Aimer des livres, des écrits et des souvenirs ?
J'ai remis en question ce que je pensais savoir de la religion et pas mal de choses se sont imbriquées dans mon esprit comme dans un Tetris. Plein de choses commençaient à faire sens et pendant quelques temps, mon Dieu n'était nul autre que Matt.

Cette période coïncide avec la douloureuse mais indispensable étape des funérailles. J'ai passé 3 jours et demi à Perth dans la ville natale de Matt, entourée de sa famille et de ses amis pour lui dire au revoir une dernière fois. De chaudes larmes, des mains serrées et tremblantes, la gorge qui se noue pendant le discours et la fierté de ne pas avoir versé une larme pendant la prière, sourire, rire même. Faire la fête jusqu'au petit matin en son honneur.
Se revéiller en se disant "ça y est, le cauchemar est terminé".

Mais l'Amour restera toujours. Nous avons cherché Matt sans relâche pendant 6 mois. 6 mois d'attente comparable à une sale plaie purulente qui n'a de cesse de se rouvrir et qui refuse de guérir. Les funérailles furent la désinfection finale et les points de suture, ça fait mal, ça pique, ça brûle, puis on contemple fièrement sa jolie plaie nettoyée.
Il m'a fallu plusieurs mois pour guérir et cicatriser complètement. C'était difficile, car c'est comme si la plaie avait touché des nerfs : parfois je ne ressentais plus rien. Je me suis retrouvée plusieurs semaines dans une sorte de coma émotionnel : ni peur, ni haine, ni tristesse, ni joie, ni hâte, ni envie... Juste de la lassitude et un immense poids qui ne voulaient pas partir.

Et puis soudain, le soir de mon anniversaire nous avons tous fait la fête et je me suis sentie entourée. Au fur et à mesure de la soirée, je suis sortie d'un long sommeil et je suis revenue à la vie. Oh, ce n'était pas radical ! Mais petit à petit, je me suis mise à avoir des fous rires. A raconter des blagues. A me lever tôt. A transformer ma souffrance en quelque chose d'utile : je me suis remise à faire du sport.

Quitte à souffrir, autant être acteur de la souffrance et éviter au maximum la passivité. Depuis que j'ai repris la course à pied avec un but fixé (le semi marathon de Chennai le 7 décembre), j'ai mal et je souffre mais la douleur mentale a fait place à la douleur physique réconfortante : je suis vivante et je le ressens.

A toutes celles et tous ceux qui vivent en ce moment le deuil, je n'ai aucun conseil à prodiguer car chaque cas est unique. En revanche je m'adresse à leurs proches : soutenez-les, coûte que coûte. Ne les accablez pas. Ne leur sortez pas des "ça ira mieux". On le sait, que ça ira mieux.
Mais au moment T ça ne va pas du tout. Si vous ne savez pas quoi dire, ne dites rien. Si vous ne savez pas quoi faire, ne faites rien.
Mais bon Dieu, soyez-là. Sans vous, sans votre présence (que vous croyez inutile mais ô combien nécessaire) on ne s'en sortira jamais.

Merci aux personnes qui m'ont aidée et merci à vous d'être toujours présents sur ce blog.
J'ai lu chacun de vos commentaires, relu tous vos e-mails et vous êtes sacrément géniaux. Merci.

PS : je suis de retour !

 
Marion Rocks