mercredi 29 octobre 2014

Toc, toc, toc ?

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Il y a quelqu'un ? Ce blog est devenu ce vieux pote d'enfance à qui tu es censée donner régulièrement des nouvelles, mais ta vie est tellement ailleurs que tu fais l'autruche, tu procrastines et plus le temps passe : plus tu culpabilises... Et moins tu reviens vers lui, par peur des reproches ou du ton faux.

Depuis mon arrivée en Inde, ma vie perso a pris un sacré coup dans la gueule et j'ai effectivement pas mal morflé. Le blog est vraiment passé au second plan, j'avais besoin de temps pour digérer ce que je vivais en Inde et éprouver mon deuil loin de tout ça.
J'ai même abandonné Instagram pendant plus d'un mois, ça ne m'était jamais arrivé !

J'aimerais tant vous réciter un discours positif, vous raconter à quel point "je vois désormais la vie en rose, YOLO !". Mais non, la mort c'est moche et le deuil c'est difficile. En revanche, la vie est belle, oui. Pas plus belle. Pas moins belle. Complètement différente surtout.
En bonne fan de Harry Potter, j'ai l'impression de faire partie de ces personnes capables de voir les Sombrals. On s'en remet de tout ça, bien sûr, et c'est pour ça que je voulais écrire sur ce sujet car je ne suis pas seule et je suis persuadée que certain-e-s d'entre vous seront intéressés par ce témoignage.

Je ne suis pas allée voir de psy car je n'en avais pas la force.
L'envie était immense, mais l'idée de me lever le matin pour faire autre chose que de me traîner au bureau et mimer une vie sociale me fatiguait déjà d'avance. Je me suis donc enfermée dans un mutisme morbide puis quasiment spirituel. C'est à dire que j'étais tellement stupéfaite de la douleur que je ressentais que je pouvais rester des heures entières allongée sur mon lit en fixant le plafond, transie par la souffrance.
Moi qui n'avait connu que la douleur physique dans ma vie, la douleur psychique était incroyable et fascinante. Comment était-ce possible d'avoir aussi mal sans que cela se voit ? Pour moi être malade, c'était visible, c'était avoir le nez qui coule, sentir des ganglions dans la gorge ou avoir le pied plâtré. Je me demandais si c'était les anti-dépresseurs qui plâtraient l'âme souffrante ?
Je me perdais dans des divagations complètement dingues et ma souffrance me faisait peur car je n'arrivais pas à la dompter. Les crises de larmes se succédaient au silence et à la paranoïa. Car pendant le deuil on ne rêve que d'une chose : que tout le monde nous foute la paix, mais que tout le monde nous entoure de ses bras réconfortants.

Perdre l'être aimé, c'est aussi devoir se défaire petit à petit du sentiment amoureux. La rupture amoureuse se mêle au deuil et vice versa, on ne sait plus trop où on en est mais une chose est sûre : il est très étrange d'être amoureuse d'un mort. C'est de cet état morbide, à écouter en boucle des messages vocaux restés en mémoire sur Whatsapp, que je suis passée à la seconde étape : l'état spirituel.

Là où la souffrance fait place à la réflexion. Tiens, alors c'est ça l'Amour inconditionnel ? La Foi, les croyants ? Aimer quelqu'un qui n'existe pas ou plus, une entité, Aimer l'Amour ou un concept, Aimer des livres, des écrits et des souvenirs ?
J'ai remis en question ce que je pensais savoir de la religion et pas mal de choses se sont imbriquées dans mon esprit comme dans un Tetris. Plein de choses commençaient à faire sens et pendant quelques temps, mon Dieu n'était nul autre que Matt.

Cette période coïncide avec la douloureuse mais indispensable étape des funérailles. J'ai passé 3 jours et demi à Perth dans la ville natale de Matt, entourée de sa famille et de ses amis pour lui dire au revoir une dernière fois. De chaudes larmes, des mains serrées et tremblantes, la gorge qui se noue pendant le discours et la fierté de ne pas avoir versé une larme pendant la prière, sourire, rire même. Faire la fête jusqu'au petit matin en son honneur.
Se revéiller en se disant "ça y est, le cauchemar est terminé".

Mais l'Amour restera toujours. Nous avons cherché Matt sans relâche pendant 6 mois. 6 mois d'attente comparable à une sale plaie purulente qui n'a de cesse de se rouvrir et qui refuse de guérir. Les funérailles furent la désinfection finale et les points de suture, ça fait mal, ça pique, ça brûle, puis on contemple fièrement sa jolie plaie nettoyée.
Il m'a fallu plusieurs mois pour guérir et cicatriser complètement. C'était difficile, car c'est comme si la plaie avait touché des nerfs : parfois je ne ressentais plus rien. Je me suis retrouvée plusieurs semaines dans une sorte de coma émotionnel : ni peur, ni haine, ni tristesse, ni joie, ni hâte, ni envie... Juste de la lassitude et un immense poids qui ne voulaient pas partir.

Et puis soudain, le soir de mon anniversaire nous avons tous fait la fête et je me suis sentie entourée. Au fur et à mesure de la soirée, je suis sortie d'un long sommeil et je suis revenue à la vie. Oh, ce n'était pas radical ! Mais petit à petit, je me suis mise à avoir des fous rires. A raconter des blagues. A me lever tôt. A transformer ma souffrance en quelque chose d'utile : je me suis remise à faire du sport.

Quitte à souffrir, autant être acteur de la souffrance et éviter au maximum la passivité. Depuis que j'ai repris la course à pied avec un but fixé (le semi marathon de Chennai le 7 décembre), j'ai mal et je souffre mais la douleur mentale a fait place à la douleur physique réconfortante : je suis vivante et je le ressens.

A toutes celles et tous ceux qui vivent en ce moment le deuil, je n'ai aucun conseil à prodiguer car chaque cas est unique. En revanche je m'adresse à leurs proches : soutenez-les, coûte que coûte. Ne les accablez pas. Ne leur sortez pas des "ça ira mieux". On le sait, que ça ira mieux.
Mais au moment T ça ne va pas du tout. Si vous ne savez pas quoi dire, ne dites rien. Si vous ne savez pas quoi faire, ne faites rien.
Mais bon Dieu, soyez-là. Sans vous, sans votre présence (que vous croyez inutile mais ô combien nécessaire) on ne s'en sortira jamais.

Merci aux personnes qui m'ont aidée et merci à vous d'être toujours présents sur ce blog.
J'ai lu chacun de vos commentaires, relu tous vos e-mails et vous êtes sacrément géniaux. Merci.

PS : je suis de retour !

mardi 20 mai 2014

MERCI

Matt

C'est fou comme "l'amour" et "la mort" se ressemblent à l'oral. Je n'avais jamais fait le rapprochement jusqu'à maintenant. Les deux sont inévitables, on y passe tous. Certains courent après, pour d'autres ça leur tombe dessus sans prévenir. 

On m'a dit courage, on m'a dit repose toi, on m'a dit écris. J'aurai aimé revenir sur ce blog avec de magnifiques photos du Laos après 2 mois sans rien poster, mais mon coeur était ailleurs et désormais il s'en s'est allé pour de bon.

J'ai eu la chance de connaître Matthew Iain Allpress. C'est ce genre d'histoire incroyable qu'on appelle le coup de foudre. Ce gros cliché ! Ce mail interminable envoyé aux copines pour leur raconter la rencontre ! La romance moderne de deux gamins de 21 ans qui se rencontrent grâce à Twitter à Berlin. Tu le sens venir le cliché, gros comme une maison.

On s'écrivait de temps en temps sans se connaître jusqu'au jour où nous sommes allés boire une bière à Kreuzberg. Fait rare : j'étais en avance. Alors que je scrollais vainement ma timeline Twitter pour passer le temps (je suis non fumeuse), un garçon s'assieds en face de moi, croise les bras sur la table et me sourit. C'est Matt. 
Je me suis rejouée cette scène des milliers de fois dans ma tête mais rien à faire, je ne me souviens plus de tous les détails. Je ne pensais pas que cette rencontre était importante, pour moi je buvais un verre avec cet Australien sorti de nulle part et ensuite la vie reprendrait son cours. Je ne savais pas qu'à cet instant il aurait fallu que j'imprime dans mon cerveau la moindre milliseconde de cet instant précieux. On a échangé quelques banalités, commandé nos bières et on a commencé à se raconter nos vies.

Depuis ce jour, on n'a jamais cessé. Assise en face de lui, je buvais ses paroles et sentais l'odeur de sa peau. J'avais envie de savoir qui était ce garçon qui est arrivé en retard parce qu'il venait de se faire tatouer. Son corps en disait long sur sa vie. 
Je voyais ça comme des indices, comme une carte aux trésors. J'ai ensuite passé un an à ses côtés à vouloir tout savoir et tout apprendre de lui, il m'en fallait encore et encore, comme s'il y avait un mystère à percer. 

Je n'ai jamais vu le mal en lui. Je n'y ai vu que le Bien et l'Amour incarnés. Matt voulait dévorer le monde. Tout l'intéressait et ce qui le faisait vibrer lui occupait l'esprit pendant des heures. Je le regardais, fascinée et envieuse. Ses bras étaient le meilleur des réconforts et nos seules disputes étaient à propos des magazines de mode que je lisais en cachette, car il se tuait à m'expliquer qu'ils me pourrissaient la vie et la vision que j'avais de moi-même. 

Il s'est tué à me rendre belle, à me donner confiance en moi et à me protéger dans ses bras. On discutait sans relâche, et si nous préférions le silence alors la présence de l'autre nous suffisait. Avec le temps, j'ai découvert à quel point ses amis en Australie l'aimaient autant que je l'aimais. Matt avait cette personnalité et cette âme qui touchait tous les gens qu'il rencontrait. Sa vision du monde et son avis sur les choses qui nous entourent sont précieux et il les distillait aux personnes en qui il avait confiance. J'ai tellement appris à ses côtés, il m'a aidée à voir le Monde sous un autre angle et m'a bousculée pour m'aider à sortir de ma zone de confort.

Je sentais au fond que Matt avait un autre amour, que je n'étais pas la seule. La Nature était plus forte que moi. En quittant Perth (côte Ouest de l'Australie) pour me retrouver à Paris en décembre 2012, il a quitté l'océan, les vagues et tout ce qui le rendait vivant. Quand il a appris que je partais en Inde, c'était pour lui un feu vert. Je quittais Paris, alors il avait le droit de partir aussi. Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, Turquie, Inde puis Népal. Chaque étape avant de rentrer chez lui était aussi symbolique que l'autre.

Quand je suis arrivée en Inde en juin dernier je l'ai senti retomber amoureux de la Nature. Son arrivée à Chennai en septembre fut fatale pour nous, nos chemins se séparaient. Il est parti vers le nord et s'est retrouvé au Népal, où il est tombé fou amoureux de l'Annapurna. Je suis allée le rejoindre en novembre avant son retour définitif en Australie.

La suite vous la connaissez. Matt s'est endormi dans les bras de la Nature, son véritable amour pour toujours. Comment vivre sans la personne qu'on aime ? Comment accepter la mort, celle qu'on déteste et qui nous tombe dessus sans prévenir, celle contre laquelle personne ne peut rien faire, la mort qu'on croit éviter avec des "et si". Je ne sais pas. Comment vivre sans ses précieux conseils, sans sa voix et sans ses mots ? Je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Je dois réapprendre à vivre sans béquille, sans cette incroyable personne que j'ai eu la chance de côtoyer et de serrer dans mes bras.

La seule chose que je sais, c'est qu'il faut se souvenir. Il faut parler de lui, rire de nos souvenirs communs, conserver ses paroles au chaud et chérir sa personne. Je cours après ces instants comme un trésor et je me force à écrire pour comprendre que tout cela est vrai et qu'il faut l'accepter.

Parce que vous avez été si nombreuses à me témoigner votre soutien pendant ces 6 derniers mois, je tenais à vous remercier du fond du coeur pour vos mots et votre présence. Je voulais partager avec vous ces souvenirs, pour aussi crier un peu au monde à quel point je l'aime et à quel point nous devons tous nous souvenir de lui. MERCI !

mercredi 2 avril 2014

HAMPI / PARTIE 2

HAMPI
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J'ai osé écrire : "les photos arrivent très vite !" dans mon précédent article. Il ne faut jamais me croire quand je promets des choses pareilles. Ca part d'une bonne intention, je crois avoir un peu d'avance en préparant mes posts et voilà, c'est reparti pour 1 mois de procrastination.

J'ai quand même une super excuse : j'ai passé 3 semaines à Paris sans mon chargeur de Macbook Air oublié à Chennai et j'ai passé le plus clair de mon temps à bosser, voir mes amis et batailler avec l'ambassade d'Inde pour récupérer mon nouveau visa avant qu'il ne soit trop tard.

J'étais déjà rentrée en décembre pour Noël et ce retour express m'a plus épuisée qu'autre chose. Quel marathon de programmer un rendez-vous tous les soirs pour rattraper le temps perdu avec ses amis qui ne sont pas à ta disposition comme tu l'espérais, mais qui (et ils ont bien raison) savent très bien vivre sans toi, qui les as abandonnés :) Lecteurs expatriés, rassurez-moi : vous êtes dans la même situation à chaque retour en France ?

Bref, c'est en rentrant à Chennai lundi matin que j'ai poussé un soupir de soulagement : j'étais à la maison. Quel bonheur de se sentir enfin chez soi quelque part. C'était donc le bon moment pour partager ces dernières photos de Hampi, où nous avons gravi les marches menant au Monkey Temple le matin et parcouru les villages et champs aux alentours en mobylette l'après-midi. J'en garde encore un super souvenir, et j'espère que ces photos vous motiveront plus que jamais !

Pour ma part, je pars vendredi soir en train de nuit à Mysore pour rejoindre Coorg, où je passerai le week-end. Puis, direction LAOS la semaine d'après ! Mon premier voyage toute seule, accompagnée de mon sac à dos. J'ai peur, mais de façon positive. J'adore cette tension ! J'ai hâte de partager ces voyages avec vous. J'espère que vous êtes prêts à me suivre ;)

vendredi 28 février 2014

HAMPI / PARTIE 1

HAMPI
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Hampi. On l'aura vraiment mérité ce voyage. Ca partait très mal puisque quelques heures avant le départ du bus on reçoit tous un sms en anglais approximatif nous expliquant que celui-ci est annulé. Bien sûr en appelant le service client de la compagnie de bus, les informations que l'on nous donne ne sont pas plus claires. Enervés de ne pas savoir parler Tamil et bien décidés à partir coûte que coûte, on se rend à la station... Où l'on se fait rembourser nos tickets afin d'en racheter d'autres, identiques. Et c'est parti pour 15 heures de bus de nuit, très bien installés (couvertures, prises pour recharger les téléphones, pause Dosai à 22H et pipis nocturnes sur le bord de la route réguliers).

Nous avons à peine 48H devant nous à Hampi mais déjà en arrivant sur place on sait qu'on va en prendre plein la vue... Le trajet en rickshaw de Hospet (ville d'arrivée du bus) à Hampi est magnifique : palmiers, verdure, petits villages adorables et l'on se sent déjà détendus. Pressés par le temps et par l'envie d'en voir le plus possible, on se laisse porter par les chauffeurs qui nous proposent leurs services pour la journée et nous conseillent une petite guest house de l'autre côté de la rivière. Après négociation des prix, on accepte : et c'est parti pour une journée placée sous le signe des temples !

Au delà de la beauté des lieux, je tiens à m'arrêter deux minutes sur les touristes qui passent par Hampi. Ce village du Karnataka (l'état de Bangalore) est situé dans les ruines de Vijayanagara, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est un passage obligé pour beaucoup de voyageurs et backpackers, mais aussi pour des pèlerins puisque le lieu et beaucoup de ses temples sont sacrés pour les Hindous. Alors quand je vois toutes ces occidentales en minishorts, débardeur en guise de robe, soutien-gorge ou brassière apparente... OK c'est babos-chic, c'est mignon sur Instagram mais... Un peu de respect sérieusement ! J'ai été extrêmement choquée par la désinvolture de certaines et peinée par cette ignorance manifeste. Il ne s'agit en aucun cas de slut shaming envers ces jeunes filles, mais un peu d'humilité ne ferait pas de mal :)

Fin de la parenthèse babos, retour à Hampi et à ses richesses archéologiques. Je ne sais que vous dire à part que c'est magnifique, que l'ambiance est propice au sourire, aux "wow", aux "putain mais c'est trop beau", "venez on prend des photos !", "j'en reviens pas"... Les photos parleront j'espère d'elles-mêmes. Mais franchement, c'était magnifique. Des temples aux ruines au coucher de soleil en haut d'une colline, de la verdure environnante et de la beauté du ciel qui nous couvait du regard, c'était incroyable. On se couchera ravis de notre première journée après une bonne vieille Kingfisher, prêts à attaquer la seconde journée sur nos mobylettes. Photos à venir très vite !

Pour info : nous ne sommes restés que 48H à Hampi mais c'est un immense regret. Si vous êtes pressés dans votre voyage, prenez le temps de vous y arrêter 3, 4 jours afin de profiter au maximum des alentours. Si vous êtes libres de votre emploi du temps (chanceux !) vous pouvez y rester une semaine sans vous ennuyer : il y a des tonnes de backpackers, vous vous ferez des amis et surtout il y a plein de choses à faire : se baigner, découvrir des petits villages, faire de l'escalade, balades en mobylette, découverte de tous les temples, gravir les marches du monkey temple, se reposer... J'ai tellement adoré que je compte bien y retourner un jour. Et surtout, si vous faites l'Inde du Sud : c'est un passage OBLIGATOIRE ! Impossible de me souvenir du nom de notre guest house mais elle était attenante au restaurant Funky Monkey où le service est aussi lent que le chicken butter massala est délicieux !

N'hésitez pas à partager vos bonnes adresses en commentaire ;)

 
Marion Rocks