lundi 27 janvier 2014

Ma TVS Super XL

TVS Super XL

En arrivant à Chennai (et j'imagine lorsqu'on débarque pour la première fois n'importe où en Inde d'ailleurs), la première chose qui nous frappe et qui nous fait peur c'est le chaos qui règne sur la route. Ca klaxonne sans cesse, ça se fait des appels de phares, ça double de tous les côtés et tout ça dans un joyeux bordel qui fonctionne sans qu'on sache comment.

Viennent les premières photos, qu'on prend stupéfaits car "C'est fou, regarde ! Une famille entière qui tient sur une moto !", "Oh, toutes ces femmes en sari brodés assises en amazone derrière leur mari", "Et lui là-bas, comment fait-il pour transporter autant de bidons d'eau sur sa petite mobylette ?'... Et j'en passe et des meilleures, parole de touriste.

La petite mobylette que vous voyez-là est une TVS Super XL Heavy Duty. En gros, elle est justement faite pour transporter des objets super lourds et elle est ultra populaire à Chennai. J'en vois partout, partout. Des bleues, des noires, des rouges parfois et souvent des vertes. Qui transportent des bonbonnes de gaz (wtf !), des dizaines de bidons d'eau, des poulets, des outils, pleins de trucs... Neuves, cassées, brinquebalantes... Je les trouvais trop marrantes, et je me disais en rigolant qu'un jour j'en aurai une.

Le truc, c'est que je faisais partie de la team rickshaws. C'est à dire que j'étais contre l'idée d'avoir un deux roues par peur de l'accident, des ennuis mécaniques des assurances, etc. Enfin vraiment, la circulation me faisait trop peur. Et puis au bout de 6 mois, j'en ai eu plus que marre de passer mon temps à négocier les tarifs de la course avec les chauffeurs de rickshaws. C'est un gros dilemme : quelques dizaines de roupies pour toi ce n'est rien, pour eux c'est beaucoup, mais en sortant du tarif officiel indiqué sur le compteur, on entre dans le cercle vicieux des bakchichs reversés à la police complètement corrompue. Il faut savoir juger au cas par cas : tarif unique pour aller au boulot puis rentrer chez soi, mais pourboire ou arrondi bien au dessus pour les longs trajets. Chacun fait comme il le sent. Mais à force de devoir me battre tous les soirs avec les mêmes chauffeurs qui me faisaient systématiquement payer le prix double sous pretexte qu'ils en avaient juste envie, je me suis dit qu'il était temps de prendre mon envol.

Vous vous souvenez de l'étape "achat d'un vélo" quand je suis arrivée à Berlin ? Imaginez-vous exactement la même chose en Inde, sous une chaleur à crever, à tenter de négocier moitié Tamil, moitié Anglais et à sortir 14 000 roupies (170€ environ) en cash en échange d'une vieille pétrolette toute pétaradante que j'avais galéré, mais GALÉRÉ  à trouver (tout au bout d'une rue non goudronnée pleine de cailloux, de chiens errants et de shop de réparation de rickshaws et motos). Je ne vous raconte pas la frayeur que je me suis faite en l'enfourchant pour la première fois pour aller au boulot, direct en plein trafic avec les indiens au volant de leurs camions qui me klaxonnaient en me faisant de grands coucous, tellement ahuris, j'imagine, de voir une blonde sur leur fameuse TVS XL.

Deux jours après je tombais en panne avec. Gros fou rire nerveux quand on a du me pousser et retourner la garer au parking du bureau. En fait c'était tout con : je n'avais pas ajouté assez d'huile en faisant le plein : j'avais compris "fifteen mililiters per petrol liter" au lieu de "fifty". Voilà. (Bon elle est au top maintenant). Je ne comprends toujours rien quand on me parle et je rêverai de me lever un matin en sachant lire, écrire et comprendre le Tamil. Car à part dire bonjour, oui, merci et NON (le plus important), ça va pas bien loin.

Elle ne démarre pas au quart de tour, et quand je cale en sortant de chez moi les voisins qui fument des clopes ou discutent tranquille dans la rue courent m'aider à la kicker ou à m'expliquer ce qui ne fonctionne pas. Pareil quand je vais faire mes courses avec : je suis chargée comme une mule et tente de faire tout tenir en équilibre, au grand désespoir des passants qui me regardaient un peu en rigolant samedi dernier. Prochaine étape : devenir une super mécano en 2014 ?

Bref, je m'éclate trop et je ne crains plus personne en TVS Super XL. Puisqu'en plus, j'arbore mon super casque customisé offert par Harley Davidson l'an dernier !

Harley Rocks

dimanche 12 janvier 2014

Toi là, je t'aime !

Mahabs

Oh oui, Inde je t'aime. Malgré tous tes défauts ! Après Stockholm, Paris, Berlin, me voilà amoureuse de toi. J'aime beaucoup comparer les villes dans lesquelles je vis par une relation amoureuse, comme s'il s'agissait d'une personne.

Stockholm était mon premier amour. La ville des premières fois, de la découverte. Mais j'étais très jeune et cette relation m'a aidée à m'épanouir et à grandir d'un coup. Je ne savais pas nager et j'avais sauté dans le grand bassin en pleurs : j'en suis ressortie en sachant nager la brasse la tête haute et des souvenirs plein la tête. Une fois prête, il a fallu prendre son envol et j'ai rompu avec Stockholm pour la belle parisienne.

Je suis souvent revenue à Stockholm comme on repense à son premier amour. Cette ville restera toujours dans mon coeur et les souvenirs que j'y ai sont gravés pour toujours dans ma mémoire. Mais cela fait déjà 4 ans et demi et les choses ont bien changé depuis.

Paris, c'est Mr Big. Tu sais, la relation qui commence de façon idyllique jusqu'à ce que l'un des deux s'attache trop et que l'autre se mette à fuir. Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis. Paris m'a trop accaparée, m'a demandé trop de temps, d'argent, de sorties, de blogging mais m'a tout de même offert de magnifiques rencontres et opportunités... Qu'est-ce que j'ai pu m'amuser avec elle, me sentir belle et forte et désirée. J'ai aimé, ri, dansé, j'ai eu l'impression de retourner la ville et de vibrer avec elle. Mais au bout de deux ans je me suis sentie proche de l'étouffement et il était temps de craquer. Good girls love bad boys. J'ai pris un billet d'avion pour Berlin.

Berlin, c'est ce mec. Tu sais, celui que tout le monde kiffe, celui dont tout le monde parle et t'as l'impression que toutes tes copines (ou celles que tu jalouses) l'ont pécho un soir. Il ne restait que toi. Tu t'es laissée tenter : il est branché, il n'est pas comme les autres, tu crois qu'avec toi ce sera différent. Tu essayes de devenir une autre personne dans ses bras, tu te cherches un peu et tu fais la maligne. Mais finalement ce mec n'était pas ce qu'il te fallait à ce moment-là. Vous y reviendrez tous les deux, plus tard, quand il sera temps. Du moins tu en rêves, quand vous aurez 30 ans.

Paris te rappelle. Mr Big tente de te récupérer et les circonstances font que tu y retournes. Et comme dans toutes les histoires d'amour, c'est quand tu t'y attends le moins que ça te tombe dessus d'un coup. Je me suis retrouvée en Inde à Chennai. C'est ce mec qui divise tout le monde. Une partie de tes copines le trouve magnifique, il n'est pas "beau" mais il a du charme, d'ailleurs c'est sa personnalité qui fait tout ! Une fois qu'on le connaît, on l'adore. Et il y a les autres. Mais sérieux, qu'est-ce que tu lui trouves à ce mec, je comprends pas comment il peut te rendre heureuse. Il est moche, il pue et il s'habille trop mal.

Mais toi, sans faire exprès, t'es tombée amoureuse de lui. Du Tamil Nadu, de l'Inde, de Chennai : je ne sais même pas de quoi. L'Inde c'est chiant, ça pue, c'est crade, je ne comprends rien et n'arrive pas à me faire comprendre, le choc culturel me pousse en dehors de ma zone de confort en permanence. Mais quand tu apprends à aimer l'Inde, l'Inde te le rend bien. C'est un amour plus mature, de ceux qui font abstraction des apparences pour ne voir que la beauté des sentiments éprouvés. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais pour le moment : "Toi là ! je t'aime !"

mercredi 8 janvier 2014

Je suis une fille à chats

Ginger

Fin novembre un vendredi soir, je quitte le bureau assez tard accompagnée par mes collègues en route pour aller boire un verre. En sortant dehors, je tombe nez à nez avec une petite boule de poils qui ronronnait auprès des gardiens de nuit. Après m'être exclamée "oooh he's so cute!" on me l'a jeté dans les bras et le petit chat m'a regardée droit dans les yeux en enfonçant ses griffes dans mon t-shirt. Je suis tombée in love en un quart de seconde.

Tout petit, tout sale et tout maigrichon, ce petit chat de rue était en manque d'affection. Motivée par une amie "prends-le, au moins pour le soigner ! Et puis il est si mignon !" et par le fait que de toute façon, il ne quittait plus mes bras, je suis rentrée avec lui. "Tu vas l'appeler comment ?"

Ginger ! Super original pour un chat roux, je sais... Mais si je vous dit que Ginger Spice était ma Spice Girl préférée, ça marche aussi ? Sans faire attention, je me suis prise d'amour pour ce petit chaton qui se blottit dans mes bras pour s'endormir et qui me suit partout dans la maison. Chaque visite chez le véto me rend fière de lui car il s'est bien comporté et parce qu'il est en bonne santé. Je narre ses exploits à mes collègues qui s'en foutent et le refourgue en cat-sitting à mes colocs lorsque je ne suis pas là. Je lui achète plein de jeux mais monsieur Ginger n'aime que les cartons, les tickets de caisses et autres élastiques pour cheveux. Je suis contente de changer sa litière. J'ai pleuré quand un soir il n'est pas rentré, et j'ai dormi sur le canapé du salon face à la porte d'entrée entrouverte, au cas où. Il aura bientôt droit à un passeport pour voyager avec moi. Il devient de plus en plus indépendant et grandit à une vitesse pas possible. La nuit quand il dort, il est tellement silencieux que je le réveille pour vérifier qu'il est encore vivant. Ma mère lui a offert des cadeaux de Noël.

Maintenant, remplacez "chat" par bébé et "véto" par pédiatre. Voilà. Je parle donc de mon chat adopté comme de mon propre enfant. Je brandis mon iPhone et fais défiler les centaines de photos et vidéos que j'ai de lui à des gens que je connais depuis 5 minutes. Mon moment de gloire ? Quand le véto, attendri par sa mignonittude l'a pris en photo.

Je le savais au fond de moi, mais là quand même... Je suis définitivement une fille à chats ! La honte ou pas ? Dites-moi qu'on est toutes pareilles ! Et pour couronner le tout... Ma coloc (Julie, que je vous avais déjà présentée et qui m'a d'ailleurs envoyé cet aprem cette super parodie de la série GIRLS par des chatons !) aussi. Un nouveau compagnon poilu sera accueilli à la maison la semaine prochaine. La famille s'agrandit !

Donc voilà, ma vie en Inde ce n'est pas que la nourriture épicée, les saris et la chaleur. C'est aussi ce petit chaton d'amour qui est arrivé au moment où j'en avais le plus besoin, alors il méritait bien un article à lui tout seul !

Petit aparté sur mes draps que vous voyez en photo : si d'ordinaire en France je néglige beaucoup les imprimés pour préférer des tons neutres lorsque je m'habille, l'Inde fut une révélation en terme de couleurs et de goûts. Ici, tout est si beau et me fait tellement vibrer que je renie de plus en plus les tons tristes. A moi les imprimés cachemire, les broderies et décorations ethniques ! Fabindia est ma caverne d'Ali Baba pour ça. Alors si vous allez en Inde, courez vite dans une de leurs boutiques, vous ne serez pas déçus !

Ginger

lundi 6 janvier 2014

2014

Pokhara
Lakeside - Pokhara, Népal

Ah, si vous saviez comme j'avais hâte que 2013 se termine ! Je n'osais plus trop écrire sur mon blog ces derniers temps, de peur de tomber dans le pathos et de confier des choses trop personnelles. Et puis bon, j'en parle assez sur Twitter et Instagram : il était temps d'écrire à nouveau sur le blog.

Mais il m'a fallu longtemps pour digérer tranquillement le drame : mon amour, Matt, a disparu au Népal. Après avoir passé une semaine de vacances avec lui à Pokhara au Népal en octobre dernier, il est parti seul en trek et n'en est jamais revenu. Cela fait 2 mois qu'on l'attend, la boule au ventre... Je ne sais pas si on peut se remettre de cela un jour. Mais l'important c'est d'essayer.

Pas un jour, pas une seule seconde où je ne pense pas à lui et à rêver de lui, mort ou peut-être encore vivant. J'écris les choses simplement et telles qu'elles sont car il a fallu que mon corps se vide entièrement de ses larmes pour en parler avec le sourire et rester optimiste. Accepter que mon premier geste du matin soit de consulter mes e-mails dans l'espoir d'avoir des informations de la part de sa famille, à checker le hashtag #findmatt et @SARdogsNepal en permanence, à faire la promotion de la page de dons qui lui est dédiée. A lui écrire, souvent, comme s'il était là, pour lui raconter ma journée.

La vie se ponctue de nouvelles habitudes et de nouveaux rituels sans lesquels je ne pourrai pas continuer. Le soutien incroyable reçu sur les réseaux sociaux de la part d'inconnus, de lectrices, de followers, l'amour de ma famille et de mes amis... C'est fou, et sans ça on sombre très vite. Je ne vous ai jamais assez remerciés pour tous vos messages, votre aide et votre soutien. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça aide ! Alors MERCI.

2014 commencera avec plus de bienveillance, de compassion et de réflexion. Pas de bonnes résolutions, plutôt des objectifs et quelques rêves à réaliser !

Par exemple, cela fait presque 2 ans que je rêve de faire un PVT. 2 ans que je me trouve des excuses : pas assez d'argent (j'avais qu'à arrêter de claquer mes salaires de stagiaires en fringues), pas le temps (alors que je procrastinais comme jamais sur mon mémoire de fin d'année), pas le moment (une opportunité professionnelle en Inde qui ne se refuse pas)... Et maintenant, quelle excuse ? La peur du trou dans le CV ? La peur de revenir 100% bilingue et épanouie mais complètement fauchée et "oubliée" du marché du travail ? On s'en fout !

C'est décidé en 2014 j'économise. Comme ça, je me dis que le jour où je me retrouverai sans emploi, au lieu de me lamenter je n'aurai plus qu'à m'acheter un billet d'avion aller-retour pour l'Australie ou la Nouvelle-Zélande (ou Taiwan, ou Hong Kong ou la Corée ou... Bon, 2015 sera l'année du choix) !

"Mais, tu n'as jamais voyagé seule ?"

Et non. Alors, avant de faire la maligne, je vais m'entraîner. Economiser d'abord pour un premier petit voyage seule. Me prendre 2 semaines ou 2 mois en 2014, rien qu'à moi, et partir quelque part en Asie avec mon sac à dos et un appétit d'ogre. On ne se lance pas dans un marathon sans commencer par un premier petit footing ! Si vous avez des conseils, des itinéraires, des amis vivant en Asie qui sont open au couchsurfing, si vous voulez raconter votre expérience en commentaires ou n'importe quoi d'autre : allez-y, nous avons tous et toutes envie de nous lire !

Donc je rectifie. 2014 sera l'année ou j'arrêterai de rêver, et celle où j'AGIRAI !! Et vous, comment sera votre année 2014 ? Qu'avez-vous choisi, qu'allez vous faire ? Racontez-moi tout :)

PS : et oui... promis promis... Je vais tâcher d'écrire plus régulièrement parce que vraiment, je ne peux pas laisser ce blog mourir quand je vois les mails géniaux que vous m'envoyez. Encore MERCI pour votre présence malgré mon ingratitude ;) Et bien sûr : BONNE ANNEE A TOUS !

 
Marion Rocks